Auto-interview réalisée en septembre 2016 à l’occasion de la sortie de mon premier roman : Votez Kalysto !

  • Pourquoi écrire ?

J’ai toujours eu l’envie d’écrire, je crois. Ce désir est devenu nécessité il y a deux ans.

Je me suis lancé depuis quelques années dans une démarche personnelle pour comprendre les diverses crises auxquelles notre monde est confronté : crise économique, crise écologique, crise politique et crise morale. Je me suis beaucoup documenté ; je n’ai jamais autant lu ! J’ai commencé par découvrir que je répétais dans mes conversations les arguments de la pensée dominante : « bien sûr que la priorité de la France doit être de diminuer sa dette pour rester crédible face aux marchés financiers », « bien sûr qu’il faut construire l’aéroport de Notre Dame des Landes pour créer de l’activité économique ». Oui, j’étais très con. J’ai ensuite acquis l’intime conviction que nous vivons « L’âge des limites » pour reprendre le titre d’un livre de Serge Latouche. Notre humanité de 7,5 milliards d’habitants (chiffre multiplié par 3 depuis 1950) commence sérieusement à se heurter à la finitude de la planète.

L’hybris est sans doute la notion grecque qui décrit le mieux le monde en 2016 : le fait de désirer plus que ce que la juste mesure. C’était là un crime puni de mort dans les mythes (Icare…) comme dans la société grecque. Or ceux qui dénoncent cette hybris, des lanceurs d’alerte qui agissent pour le bien public sont intimidés voire pourchassés. Je pense au journaliste Denis Robert qui a enquêté sur le blanchiment d’argent ou l’évasion fiscale à grande échelle ou à l’informaticien Edward Snowden qui a révélé le système de surveillance de masse des citoyens du monde entier par les administrations de renseignement des USA : NSA ou CIA. Par ailleurs, malgré les mises en garde des scientifiques depuis de nombreuses années et les manifestations de plus en plus fréquentes du dérèglement climatique notamment ; rien ne change fondamentalement. Pourquoi ? Parce que de puissants lobbys industriels ou financiers sont à l’œuvre. Leurs relais dans la classe politique empêchent ou retardent la mise en place de lois protégeant l’intérêt général des populations. Autrefois, l’impact sanitaire, terrible, était limité à une partie de la population (lobbys de l’amiante, du tabac) maintenant ils concernent la planète entière (lobbys des pesticides, des énergies fossiles…) compromettant la qualité de vie, voire même la survie de l’espèce humaine

Cette prise de conscience des intérêts publics sacrifiés au profit des intérêts privés avec la bénédiction de nos gouvernants ne peut laisser indifférent. Entre cynisme et indignation, j’ai choisi la seconde posture. Et après, que faire ? Afficher mes convictions nouvelles autour de moi (enfants, famille, amis, collègues…) pour les amener eux-aussi à remettre en cause leurs certitudes. Ce sentiment de révolte a été le déclencheur de mon passage à l’acte, à l’écriture.

Voilà pour la toile de fond de ce roman profondément politique donc. Et puisque qu’une approche purement rationnelle semble insuffisante pour convaincre nos contemporains, j’ai donc décidé à mon humble échelle de mettre en scène cet enjeu de façon plus sensible. Par la fiction. L’action du roman commence vraiment en 2016 et s’étend jusqu’en 2021 dans le premier tome. Un roman d’anticipation aussi donc.

  • Comment s’est déroulée concrètement l’écriture du premier roman ?

L’écriture proprement dite s’est étalée sur 12 mois de juin 2015 (premières lignes : l’incendie de la Place Vendôme) à mai 2016 (dernières modifications suite aux relectures : remaniement des chapitres de présentation de Léo et Margaux). Les vacances scolaires ont constituées les phases les plus productives avec de grands temps d’écriture en Cornouaille.
Je profite de cette tribune pour remercier mes relecteurs, notamment Hélène et aussi Joël, Agnès, Anne et Catherine. Ils m’ont encouragé dans l’écriture de ce roman et contribué par leurs remarques à l’améliorer.

  • Comment a émergé la matrice narrative ?

C’est ce qui ce qui a été le plus long à trouver. Dans beaucoup de romans le narrateur est omniscient ; on sait ce que pensent les personnages. Dans la vie ce n’est pas comme ça ? On ne sait même pas ce que pensent vraiment les personnes qui partagent la nôtre !
Mon parti pris a été de confier à deux personnages Léo et Margaux le soin de présenter leur parcours de vie et de présenter Kassandre et Kalysto deux personnages appelés à jouer un rôle de premier plan, dans l’ombre et la lumière.
C’est donc à travers ces récits croisés subjectifs que le lecteur va découvrir un monde en mutation majeure et chaotique

  • Pourquoi avoir choisi l’autoédition ?

Chaque jour, en France, plusieurs dizaines de romans sont publiés en France (15 000 romans édités en 2011).

Les maisons d’éditions ne publient que moins de 1% des manuscrits qui leur sont envoyés.
Après quelques recherches sur Internet, je me suis tourné vers la maison d’autoédition Publishroom qui a géré la publication de mon roman. En plus de la correction orthographique et grammaticale du manuscrit, Publishroom m’a fait trois propositions de couverture. Cette entreprise a ensuite géré l’aspect légal (N° ISBN), assuré l’impression de 120 exemplaires papier, la création d’un livre numérique et leur disponibilité sur plusieurs grandes plates-formes de diffusion en version papier et numérique.

  • D’où viennent les noms de vos personnages ?

J’ai pris beaucoup de soin et donc du temps pour trouver des noms originaux (sans page Facebook associée). Au départ, Kalysto se nommait Kormery. Jusqu’à la nomination d’une nouvelle ministre du travail en septembre 2015 qui portera un projet de loi très controversé : Mme El Khomry…
Anecdote : Le 18 septembre dernier, lors de la journée du patrimoine, le hasard m’a mené dans la bibliothèque du muséum d’histoire naturelle de Nantes, j’ai ouvert un livre d’Isaac Asimov au hasard et suis tombé sur un article consacré à… Callisto. Callisto est satellite de Jupiter découvert par Galilée en janvier 1610. Mais je ne savais pas que Callisto est aussi un personnage de la mythologique grecque associée à Artémis dont les attributs sont notamment… le carquois et le flèches.
De là à penser que Kalysto connaîtra la même fin que Callisto… Échappe-t-on à son destin ?

  • Que représentent Kalysto et Kassandre ?

Deux personnages solaires conscients d’un destin à accomplir.

Dans la mythologie grecque, Cassandre est la fille de Priam (roi de Troie). Elle reçoit d’Apollon le don de prédire l’avenir mais, comme elle se refuse à lui, il décrète que ses prédictions ne seront jamais crues. Pour Jean Haudry, elle est « celle qui fait le malheur des hommes », initialement par le blâme.

Deux personnages symétriques / antagonistes

Initiales : AK (Anton Kalysto) versus KA (Kassandre Ahouré)

Genre : homme versus femme

Incarnant des philosophies politiques inconciliables : gauche jacobine (ordre et justice) versus gauche libertaire (liberté et justice)

  • Que vous a apporté ce travail d’écrire ?

Écrire un roman est une aventure intérieure puis publique pleine de belles rencontres.

1) Rencontres intellectuelles avec spécialistes de diverses disciplines à travers leurs livres

Claude Lorius, glaciologue : Voyage dans l’Anthropocène
Serge Latouche, professeur d’économie : L’Age des limites
Marcel Gauchet, philosophe et historien : Comprendre le malheur français
Paul Jorion, anthropologue : Le dernier qui s’en va éteint la lumière
Clive Hamilton, professeur d’éthique australien : Requiem pour l’espèce humaine

2) Rencontres avec « mes personnages »

Les personnages que j’ai créés ont parfois acquis suffisamment de réalité psychique pour être capables de me tirer hors du lit pour que j’écrive leurs passes d’armes

3) Rencontre avec les lecteurs

Les lecteurs qui me connaissent sont le plus souvent surpris par l’idée même que j’écrive et tout autant ensuite quand ils ont  achevé la lecture de mon roman. J’aurai l’occasion à l’avenir de rencontrer d’autres lecteurs, inconnus ceux-là, lors d’événements comme le salon du Livre de Paris en avril 2017.

4) Rencontre avec moi-même

Je ne me croyais pas capable d’écrire autant ; l’histoire qui devait tenir en un livre en occupera deux voire trois. L’écriture est une extraordinaire expérience de développement de créativité. Je me sens un peu plus « complet » désormais.

  • Pourquoi tant de références musicales ?

Certaines musiques possèdent pour moi une forte charge émotive. J’ai voulu les associer à certains passages pour mieux planter le décor et faire partager, découvrir certaines à mes lecteurs. Et surtout, ces références faciliteront l’adaptation cinématographique du roman !

  • Des inspirations ?

De nombreux livres dont ceux cités précédemment mais aussi les DVD de Marie-Monique ROBIN : Le Monde selon Monsanto, Sacrée croissance !
Des séries : Breaking Bad & House of Cards.

  • Que signifie écocide ?

L’écocide serait/sera une qualification juridique correspondant à une atteinte majeure à l’environnement. Là encore, il ne s’agit pas d’une idée que j’ai inventée. Je l’ai découverte au fil de mes lectures. Je la trouve pertinente. Le président Kalysto en fait, dans mon roman, un crime contre l’humanité et un crime contre la paix.

Des molécules dangereuses : L’atrazine est le principe actif d’herbicides parmi les plus employés dans le monde (le second aux USA après le glyphosate) : perturbateur endocrinien, cancérogène et tératogène (malformations fœtales). Le développement massif de la culture du soja OGM résistant au glyphosate, a entrainé le monopole de cet herbicide, des résistances sont apparues entrainant la nécessité d’augmenter les doses….

Durée de séjour approximative du gaz carbonique CO2 dans l’atmosphère : 100 ans

Des citations :

* Weronika Zarachowicz à propos de Denis Robert en 2008 dans Télérama :
En Russie, pour réduire les journalistes au silence, on envoie un tueur à gages. Dans les vraies démocraties, on demande à la justice de faire le boulot. Dans les deux cas, les « affaires » continuent.

* Thierry Caminel dans l’ouvrage collectif Économie de l’après-croissance :

Freud écrivait que « le narcissisme universel, l’amour-propre de l’humanité, a subi jusqu’à présent trois graves démentis de la part de la recherche scientifique » : la révolution copernicienne (la Terre n’est pas au centre de l’Univers), la théorie de l’évolution (l’homme est un animal comme les autres) et la psychanalyse (l’homme n’est pas maître de ses pulsions). L’impossibilité de découpler l’activité économique des flux de matière et d’énergie représente une quatrième blessure narcissique, s’opposant à la notion de progrès qui structure la société occidentale depuis les Lumières.

Et quand on sait le temps nécessaire pour accepter ces changements de paradigme, quand ils ne sont pas simplement toujours niés…

  • Des films à conseiller ?

Captain Fantastic, un film fantastiquement jubilatoire !
Snowden, le dernier film d’Oliver Stone, biopic sur le célèbre lanceur d’alerte
Before the flood, un film documentaire sur le changement climatique disponible en streaming gratuit et légal
Les toujours excellents DVD de Marie-Monique ROBIN
En Quête de Sens, un voyage initiatique de deux amis sur plusieurs continents

  • Des livres à conseiller ?

Il y en aurait tellement. Pour commencer : L’Âge des limites de Serge Latouche, éditions Mille et une nuits (4 € !). Puis, Requiem pour l’espèce humaine & Économie de l’après-croissance aux Presses de SciencesPo.

  • Des chiffres à opposer aux climato-sceptiques (qui se définissent comme climato-réalistes) ?

« 2015 : l’année la plus chaude depuis 1880 dans le monde »

L’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmosphéric Administration) a confirmé le mercredi 20 janvier 2016 que l’année 2015 a été la plus chaude au niveau planétaire depuis le début des mesures en 1880. Avec un excédent de 0,9°C par rapport à la moyenne du XXème siècle, l’année 2015 arrive donc largement en tête des années les plus chaudes devançant de 0,16°C le précédent record détenu par l’année 2014.  Les six années les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1880 le sont toutes après l’an 2000 : 2003, 2005, 2010, 2013, 2014 et 2015.

> Évolution du niveau moyen de la mer depuis 1993 (source CNES) : +3 mm par an (depuis 23 ans)